Gainsbourg, l’Effet Subtil de Cannabis

Été 1969. Jane Birkin et Serge Gainsbourg s’envolent à Londres pour le tournage du film italien Delitto a Oxford dans lequel Jane tient le rôle principal. Pendant ce temps là, Serge se cloître à l’hôtel Oxford Bear et entame l’écriture de ce qui sera son premier album concept Histoire de Melody Nelson. Le récit d’une jeune rouquine, percutée à vélo par la Rolls Royce Silver Ghost de Gainsbourg. Une rencontre qui la mènera à sa perte lorsque s’écrasera le 707, Cargo Culte, qui l’a destinait à Sunderland…

BO Cannabis : Un Automne 70  moins 18

Néanmoins, Gainsbourg avance avec difficultés sur le projet (Melody Nelson ne verra le jour que deux ans après, en 1971). Son ami et réalisateur Pierre Konalrik, avec qui il a déjà tourné sur le film musical Anna (en compagnie d’Anna Karina et de Jean-Claude Brialy), le contacte pour son nouveau film et propose au nouveau couple trendy d’en être la vedette. Le tournage de Cannabis commence à l’automne 69, à New York, et sortira en salle au cours de l’année 70 avec interdiction au moins de dix-huit ans.giphy

Gainsbourg et Vannier Pour la BO

Le film, une production franco-germano-italienne, raconte la rencontre d’un gangster américain et de la fille d’un diplomate dont il va tomber amoureux et pour qui il va tout lâcher. La chute sera terrible…
Mais Sergio ne joue pas uniquement les gros bras pour Cannabis, puisque Konalrik lui confie également la musique du film. Gainsbourg s’attache alors les services d’un jeune arrangeur du son, Jean-Claude Vannier, avec qui il a déjà collaboré trois fois : pour les BO de Slogan, Les chemins de Katmandou (qui a récemment refait surface) et La Horse (avec Jean Gabin). Les sessions d’enregistrements se déroulent au studio Davout, à Paris.

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Échec Commercial, Succès Critique …

À sa sortie, le disque reçoit une critique positive, bien que relativement confidentiel. Elle éclipsera même le film et trouvera un second souffle a posteriori (à l’image de l’oeuvre globale de Gainsbourg) en étant considérée comme une de ses œuvres les plus sophistiquées.

30 minutes Psyché & Instrus Envoutantes !

Treize titres et à peine une demi-heure d’expédition sonore où se croisent psychédélisme et harmonies arabisantes. L’ensemble est presque entièrement instrumental, excepté Jane dans la nuit chantée par Jane B, I want to feel crazy interprétée par la chanteuse Anne Germain, et Cannabis by Sergio himself.
Un univers « pré-Melody » dans lequel on se sent naturellement bien dès les premières notes : l’introduction de I want to feel crazy a été reprise pour celle de Valse de Melody ; les cordes sur Première blessure et Dernière blessure y sont magnifiques ; le clavecin de Danger apporte une touche groovy au psychédélisme ambiant ; le hippisme de Chanvre Indien nous rappelle les morceaux hallucinants de Pink Floyd sur la BO de More (sortie peu de temps avant) ; les guitares y sont entêtantes, et l’orgue envoutant. Quant à Arabique, Gainsbourg et Vannier nous emmènent dans des contrées orientales… Bref, du grand art.

Le Génie de Gainsbourg et la Touche Vannier !

Si l’on doit cette pépite au talent de Gainsbourg, on la doit également à celui qui fait figure d’arrangeur mais aussi de co-compositeur sur le disque, Jean-Claude Vannier. Enormément même. Vannier (qui n’a alors que 27 ans) y a apporte sa science des harmonies et un style très oriental. Lui, l’autodidacte, qui embarqua pour Alger à ses 18 printemps comme pianiste pour des musiciens arabes et qui puisa « ses premiers rudiments d’orchestration dans les « you you » de la Casbah ». L’influence de cette musique deviendra par la suite déterminante dans son écriture des arrangements de cordes.ob_73e846_jean-claude-vannier

La BO de Cannabis insufflera une approche esthétique nouvelle dans l’oeuvre de Sergio et sera ainsi le prélude du chef d’oeuvre à venir, dont les manettes de l’orchestration, des arrangements et de la quasi totalité des compositions seront également confiés à Jean-Claude Vannier